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  • Colloque international sur Les étrangers et les minorités nationales dans les sociétés en épuration (Europe après 1945), Nice, 4 et 5 juin 2024

En 1976, au sujet de l’épuration en France, Marcel Baudot notait qu’ « il n’y a d’hostilité systématique dans certaines régions qu’à l’encontre des étrangers considérés comme suspects et condamnés parfois sans aucun début de preuves ». Aujourd’hui, les historiens sont effectivement de plus en plus nombreux à admettre un climat de xénophobie ambiante en France à la Libération. De son côté, le récent travail collectif Pour une histoire connectée et transnationale des épurations en Europe après 1945 a mis en avant certaines dynamiques nationales à l’oeuvre dans les pratiques épuratoires à l’échelle de l’Europe contre plusieurs minorités ou « des peuples punis » car considérés, à tort ou à raison, comme collaborateurs. Le statut d’étranger constituerait donc un puissant vecteur de suspicion à la Libération malgré, dans de nombreux cas, l’absence apparente de faits objectifs pouvant être reprochés. Pourtant, à l’exception de quelques chiffres, l’historien ne dispose que de très peu d’études sur l’épuration des étrangers en France et en Europe au sortir de la Seconde Guerre mondiale, laissant la part belle aux idées reçues. Le colloque participera donc à combler ce vide historiographique à la lumière de travaux récents et placera au coeur de la réflexion la relation entre altérité et suspicion, en sachant que sont ici considérés comme étrangers les ressortissants d’une autre nation – à l’exclusion des soldats allemands et étrangers qui ont pu occuper certains pays – ainsi que les sujets des colonies et les nationaux d’origine étrangère. Parfois extensive ou se confondant avec la seule altérité – comme en témoignent les travaux sur « le stéréotype du collabo » –, la notion d’étranger pourra également s’élargir aux nationalisés de fraîche date ou aux individus issus des vagues récente d’immigration. Dans tous les cas, le projet se situe au croisement de deux champs de recherche en profond renouvellement historiographique depuis maintenant une trentaine d’années : d’une part, celui de l’histoire des étrangers et des immigrés en temps de crise ou de sortie de crise et, d’autre part, celui d’une histoire sociale et culturelle de l’épuration, qui a vu se multiplier les travaux sur des groupes sociaux spécifiques et/ou des formes d’épuration particulières. L’état d’avancement de ces historiographies justifie pleinement qu’elles se rejoignent afin de proposer le premier rassemblement scientifique consacré à l’épuration des étrangers qui pourra compléter un récit insistant davantage et de manière légitime sur l’engagement résistant des étrangers.

Le principal objectif du colloque est de savoir si les étrangères et les étrangers ou, dans certains espaces, les membres de certaines minorités nationales, sont plus particulièrement visés par la « soif de justice » qui caractérise le « moment 1945 », perceptible partout en Europe (J. Horne). Le fait qu’ils soient étrangers multiplie d’ailleurs les risques, puisque tant les États d’origine que d’accueil – avec notamment la crainte de la 5e colonne –, peuvent chercher à épurer les intéressés. Font-ils 2

alors figure de boucs émissaires, dans la dynamique des travaux d’Alain Corbin ou de René Girard ? Alors que les pays d’Europe occidentale sont les plus étudiés et/ou connus, une attention particulière sera accordée à l’Europe médiane, orientale et balkanique. Cependant, les enjeux scientifiques, mémoriels et civiques sont partout considérables au sein de nombreuses sociétés européennes qui questionnent leurs identités. En approfondissant cette zone grise de l’épuration que constitue la relation complexe entre altérité et suspicion au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, on éclaire finalement des pensées, des comportements et des mécanismes n’ayant pour certains rien perdu de leur actualité et il devient possible d’interroger les fonctions et les enjeux, notamment identitaires, de désignation des coupables. En ce sens, le colloque interroge non seulement les étrangers dans des sociétés en épuration mais il fait aussi le pari des étrangers comme entrée pertinente pour analyser les sociétés européennes en épuration.

 

 

 

 

Organisation (à Tempora) : Marc BERGÈRE et Fabien LOSTEC