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Nous avons le plaisir de lancer un appel à communications pour le prochain colloque international du GIS Sociabilités qui se tiendra à l’Université Rennes 2 les 10 et 11 décembre 2026 sur le thème suivant : « Sociabilité, progrès et innovation (1650-1850) ». Nous sommes heureuses que ce colloque international se tienne à Rennes 2 et qu’il soit soutenu par ACE. 
Bien cordialement,
Sophie Mesplède & Valérie Capdeville
 
 
APPEL À COMMUNICATIONS
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Colloque international du GIS Sociabilités

Sociabilité, progrès et innovation (1650-1850)

jeudi 10 et vendredi 11 décembre 2026
Université Rennes 2

Conférences plénières :
David Bell (Princeton University)
Vincent Bontems (Centre CEA Paris-Saclay)

Alors que l’idée d’innovation guide aujourd’hui les politiques publiques et semble être une des conditions déterminantes à la « transition » de nos sociétés occidentales vers un avenir meilleur, des voix s’élèvent pour dénoncer une rhétorique sans substance. Selon le philosophe des sciences et techniques Vincent Bontems (2023), cette omniprésence de l’innovation dans les discours institutionnels et médiatiques, sans que le terme ne soit précisément défini, soulève de nombreuses questions quant à ses effets sur le devenir social de l’humain. Le terme d’innovation désigne de nos jours « l’introduction sur le marché d’un produit ou d’un procédé nouveau » (INSEE), mais l’innovation se décline dans bien des domaines, au-delà du monde des entreprises et des corporations. Pour Marie-Françoise Chevallier-Le Guyader et Paul Maitre, la logique actuelle de l’innovation est celle du temps court et de l’efficacité « au détriment des investissements sur le temps long, nécessaires au progrès de la connaissance » (2018). La notion d’innovation aurait ainsi progressivement éclipsé l’idée de progrès que la philosophie des Lumières définit en rapport avec la perfectibilité des êtres humains et des sociétés (Bury, 1920 ; Nisbet, 1980 ; Spadafora, 1990 ; Grange, 2022).
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la profonde méfiance, voire résistance, vis-à-vis de l’innovation provenait de ce rapport problématique au temps. Francis Bacon, « prophète du temps » (Durel, 1983), y consacre un essai en 1625 dans lequel il stipule que toute démarche d’innovation doit être pensée à l’épreuve du temps afin de permettre aux formes sociales et institutionnelles qui l’accueillent de s’ajuster au changement induit par l’élément nouveau. A l’époque des Lumières, le terme de progrès, adossé à une conception stadiale de l’histoire (Ferguson, 1767 ; Robertson, 1769), devient plus courant que celui d’innovation et s’entend comme un processus historique lent, graduel et civilisateur, œuvrant à un futur désirable.
Dans la continuité des penseurs tels que Francis Bacon ou Isaac Newton, le dix-huitième siècle fonde l’idée de progrès sur un véritable système de valeurs autour de la quête du « savoir utile», favorisé par la science et la circulation des idées. Dans son idéal, le progrès n’est pas uniquement l’apanage des sciences et des techniques puisqu’il est indissociable du progrès social, moral et civil. Ainsi, David Hume (1741-42) voit dans la combinaison des arts, du commerce, de la consommation et de la sociabilité les conditions propices au progrès matériel, comme moral, de la société. Dans un monde en transition vers la modernité, la sociabilité des Lumières s’envisage de fait pour certains comme moteur du progrès social et indice du « processus de civilisation » (Elias, 1939). Pour d’autres, comme Rousseau (1750), le développement effréné des sciences et des techniques, loin d’être garant du progrès humain et du bonheur social, corrompt la vertu morale, accentue les inégalités sociales et alimente les ambitions impérialistes justifiant l’esclavage. Les transformations économiques, techniques et politiques sont alors parfois perçues comme des ruptures ou des menaces plutôt que comme des améliorations. Le statut ambivalent de l’innovation et de la figure de l’inventeur devient en outre un thème central de la littérature du XIXe siècle.
Pour le prix Nobel d’économie 2025 Joël Mokyr, le progrès technique est le facteur principal de la croissance économique des sociétés européennes à l’époque moderne. À travers l’expression « Lumières industrielles » (2009), il associe le progrès technique au climat intellectuel, ou « capital culturel », qui caractérise certaines nations plus que d’autres. L’historienne des sciences et des techniques Liliane Hilaire-Perez place également le progrès technique au cœur du projet des Lumières. À partir de l’expérience des inventeurs, ses travaux s’attachent à comparer les sociétés française et anglaise en proie aux pressions concurrentes du capitalisme industriel et de la justice sociale. Leurs travaux interrogent les répercussions de l’industrialisation des sociétés occidentales, portée par les innovations techniques, sur le sens même de l’idée de progrès.
Ce colloque se propose d’interroger les usages et significations des idées de « progrès » et d’« innovation » – qu’elles soient en rapport avec la technologie, l’économie, la politique, la religion ou la culture au cours du long dix-huitième siècle et leurs impacts sur les pratiques sociales. Il s’attachera à mesurer les effets de l’innovation sous toutes ses formes (technique, politique, économique, artistique, littéraire, etc.) sur les sociabilités dans les sociétés européennes et coloniales. Il sera également intéressant d’envisager la sociabilité elle-même comme une innovation conceptuelle et sociale. Grâce aux travaux pionniers de Maurice Agulhon, le concept de sociabilité est devenu un outil historiographique permettant de repérer, à travers l’étude des confréries et des loges maçonniques, l’intensification des pratiques associatives, préparant l’adhésion populaire à la révolution de 1848. La sociabilité comme « innovation conceptuelle », pour reprendre les mots d’Antoine Lilti, s’inscrivait dans le contexte historiographique de l’histoire des mentalités. Les travaux de Daniel Roche ont résolument inscrit la notion de sociabilité au cœur des études sur les Lumières, et en font un outil central pour l’histoire sociale de la culture. Depuis plus de 10 ans, les travaux interdisciplinaires du GIS Sociabilités ont confirmé cet « enracinement social des Lumières » (Roche, 1979) et permis, par des approches comparatiste, transnationale et globale, d’envisager les sociabilités européennes et coloniales à travers la diffusion de nouvelles pratiques et de nouveaux discours. Envisager la sociabilité comme moteur de progrès ou comme innovation sociale invite à interroger la relation de l’individu au groupe, et à mesurer son impact sur les hiérarchies et distinctions sociales, sur les pratiques et discours politiques, sur les représentations et les imaginaires.

Les communications pourront porter sur des thèmes suivants (liste non exhaustive) :
– Progrès et innovation : définitions, continuités, temporalités
– La sociabilité comme vecteur de progrès et d’innovation
– La sociabilité : une innovation linguistique/philosophique
– La notion d’ « improvement » dans la pensée et la culture des Lumières
– L’impact des nouveaux discours scientifiques sur les sociabilités
– La notion de « savoir utile » : sciences, techniques et sociabilités
– La circulation des nouvelles connaissances : réseaux de sociabilité (épistolaire, scientifique,
économique) et sociétés savantes
– Inventeurs, innovateurs et agents de sociabilité
– Croissance économique et « progrès sociable »
– Le religieux et le séculier : innovation en matière de sociabilité
– Progrès industriel, travail et nouvelles sociabilités
– Mouvements réformistes et formes de sociabilité
– Sociabilités des Lumières et innovation politique : démocratisation et révolution
– Sociabilités et innovations en matière d’éducation et de pédagogie
– Innovation dans les médias et la communication (culture de l’imprimé, espace public)
– Culture matérielle, consommation et raffinement (nouveautés, nouvelles modes et manières)
– L’innovation comme justification du pouvoir impérial et des hiérarchies raciales
– Évolution des normes de genre : nouveaux espaces genrés, effacement des frontières entre les genres, émancipation des femmes
– L’innovation représentée dans la littérature et les arts
– Naissance du roman et innovations littéraires
– L’innovation dans d’autres champs artistiques (peinture, poésie …)
– Innovation dans le champ des études sur les sociabilités (nouvelles méthodologies, humanités numériques, etc.)
 
Table ronde interdisciplinaire avec :
– Jean-François Dunyach (Sorbonne Université)
– Liliane Hilaire-Pérez (Université Paris Cité/EHESS)
– Frédéric Ogée (Université Paris Cité)
– Céline Spector (Sorbonne Université)
– Stéphane Van Damme (ENS Ulm/Maison française d’Oxford)

Date limite pour l’envoi des propositions : 31 mars 2026
Pour des propositions de communication individuelle, merci de soumettre un titre, un résumé de 200 mots et une brève biobibliographie.
Pour des propositions de sessions, merci d’inclure également un titre, un résumé de 200 mots, une brève biobibliographie pour chaque intervenant et le contact mail du responsable de session.
Sélection des contributions : Avril 2026
Envoi des propositions à : gis.sociabilites@gmail.com
Une sélection de communications fera l’objet d’une publication.